Des vergers à la salle de bain : focus sur l'initiative AgriWasteValue

Valoriser des branches d'arbres taillées dans des vergers pour en extraire des pépites cosmétiques, c'est possible ! Explications.

La Slow Cosmétique fait la part belle aux ingrédients végétaux bruts utilisés en beauté. Huiles pour le soin quotidien, poudres de noyaux de fruits pour exfolier la peau, la nature nous veut du bien ! Et dans la logique d'une économie circulaire vertueuse, ce qui est un déchet pour les uns peut devenir une pépite pour les autres ! Ainsi, le projet collaboratif AgriWasteValue a-t-il vu le jour. Son objectif ? Trouver des débouchés possibles en cosmétique et nutraceutique pour des coproduits agricoles.

AgriWasteValue : un projet collaboratif inspirant

Subventionné par l'Union Européenne et la région Wallonie, le projet AgriWasteValue est un modèle de coopération. Il rassemble 9 partenaires en Europe du nord-ouest au sein du programme INTERREG entre la France et la Wallonie. Parmi les contributeurs, des chercheurs bien sûr mais aussi des fédérations professionnelles cosmétiques et agricoles.

Le but ? Faire échanger des acteurs qui ne se connaissent que peu ou mal pour l'instant. Et surtout faire émerger des innovations à la fois durables et utiles pour des industries en demande.

Peut-on transformer des déchets en pépites ?

C'est la question qui motive ce collectif de recherche. Or dans la logique de l'économie circulaire, un "déchet" ne s'appelle ainsi que lorsqu'on n'a pas encore trouvé comment le valoriser. Certains "coproduits" comme les noyaux de fruits ont déjà depuis longtemps prouvé leur utilité. On fabrique ainsi des huiles comestibles à partir de noyaux de prunes, pépins de raisins, etc., très appréciées des adeptes de la Slow Cosmétique ! Dans le cas du projet AgriWasteValue, deux besoins se rejoignent et tentent de faire émerger des innovations intéressantes.

D'un côté, il y a les exploitants de vergers (pommiers et poiriers) et de vignes, qui taillent chaque année leurs arbres. La charge de la collecte et de l'évacuation des branches coupées s'ajoute à celle de la transformation ou destruction de cette matière végétale inutile pour eux.

De l'autre côté, il y a deux industries très proches, la cosmétique et la nutraceutique (compléments alimentaires), en recherche de molécules biosourcées, locales et biodégradables. Le virage green de ces secteurs ces dernières années impose en effet le remplacement à court terme de certains ingrédients synthétiques par des équivalents naturels. Or l'industrie cosmétique ne doit pas concurrencer l'industrie agro-alimentaire, prioritaire en termes de besoins vitaux pour les populations.

Quelles trouvailles au sein du projet AgriWasteValue ?

Les équipes du projet AgriWasteValue ont collecté 26 variétés de bois taillés chez différents exploitants de pommiers, poiriers et vignes en Belgique. Ensuite, ces résidus agricoles ont été broyés puis différents traitements ont été testés par le laboratoire Celabor : macération classique, extraction par solvant vert, extraction assistée par ultrasons.

Résultats : il est possible d'extraire de ces branches d'arbres des molécules très utiles en cosmétique et nutraceutique ! Le taux de polyphénols (antioxydants) s'est ainsi révélé très élevé dans les tailles de poiriers. Dans les tailles de pommiers, la phloridzine (vertus amincissantes, antidiabétiques) y est très concentrée. Et dans les tailles de vignes, le resvératrol sort du lot (vertus antioxydantes, antiinflammatoires).

Bien sûr, il faut encore tester les process à plus grande échelle et vérifier la soutenabilité de la production au regard des contraintes liées aux matières premières. Mais ce sont là des essais encourageants !

Du champ à la salle de bain en circuit court, mais raisonnable !

La Slow Cosmétique invite à privilégier pour la beauté des ingrédients végétaux nobles, bruts et locaux. Mais est-ce une voie soutenable si des millions de personnes se tournent vers les huiles végétales et essentielles et les argiles par exemple, en consommant de la même façon qu'aujourd'hui ? Entre les ressources limitées et la priorité à l'alimentation des populations, la réponse est évidemment non.

La clé est donc à la fois dans une approche raisonnable et sensée de la beauté, sans brainwashing cosmétique, mais aussi basée sur les coproduits agricoles. Épluchures, noyaux, tailles de branches, queues de fruits, feuilles... La nature est d'une telle richesse qu'il nous appartient de mieux les connaître et les utiliser pour ne plus gaspiller.

Un véritable défi pour les années à venir, que des projets collaboratifs innovants comme AgriWasteValue font heureusement avancer et que le mouvement Slow Cosmétique est fier de soutenir !

À propos de l’auteur
L'équipe de la Slow Cosmétique
Les membres de l'Association Slow Cosmétique se liguent pour faire la révolution dans votre salle de bain !