Dioxyde de titane en cosmétique, quel danger ?

Le dioxyde de titane s'invite de plus en plus dans nos salles de bain. La Slow Cosmétique fait le point sur ce qu'on sait de cet ingrédient.

Le dioxyde de titane, ou titanium dioxyde pour les intimes, fait beaucoup parler de lui. Utilisé massivement en cosmétique, il est remis en question notamment par des associations de consommateurs qui pointent son impact sur notre santé et sur l'environnement. La Slow Cosmétique rassemble ici les infos clés sur ce sujet et ses recommandations.

Le dioxyde de titane, qu'est-ce que c'est ?

Le dioxyde de titane est un composé minéral existant à l'état naturel mais également fabriqué industriellement (la production annuelle était évaluée à 4,4 millions de tonnes dans le monde en 2007). Ce pigment blanc est très utilisé comme colorant dans le bâtiment (peintures, revêtements), l'alimentation (additif) mais aussi en cosmétique. Ses propriétés opacifiantes en font également un filtre UV intéressant dans les solaires et les produits de maquillage.

Suivant le contexte, on reconnaîtra le dioxyde de titane sous ces différentes appellations :

  • TiO2 (nom scientifique)
  • CI 77891 ou titanium dioxyde (dénominations réglementaires sur les étiquettes lorsqu'il est utilisé en cosmétique en UE)
  • E171 (dénomination internationale sur les étiquettes lorsqu'il est utilisé comme additif dans le secteur alimentaire en UE)

Le dioxyde de titane, à quoi ça sert en cosmétique ? On en trouve dans quels produits ?

Parce qu'il est l'un des meilleurs colorants blancs connus de l'industrie, le dioxyde de titane est le plus souvent utilisé dans l'optique de blanchir ou épaissir une préparation. En cosmétique conventionnelle, c'est d'autant plus précieux que le blanc évoque la propreté. Pratique d'un point de vue marketing ! On en trouve donc dans des dentifrices, des crèmes et des savons.

Le deuxième usage le plus répandu du dioxyde de titane en cosmétique, c'est en filtre UV. C'est-à-dire dans un rôle de blocage des rayons UV pour protéger la peau, ou pour intensifier une couleur. On en trouve ainsi dans les soins solaires et dans les produits de maquillage. En particulier en cosmétique naturelle où le dioxyde de titane est préféré à ses équivalents synthétiques controversés (filtres UV notamment) dont les effets néfastes ont été fréquemment pointés ces dernières années.

Quels dangers avec le dioxyde de titane ?

Lorsqu'il est inhalé ou ingéré, le dioxyde de titane est considéré comme "cancérogène possible pour l'homme" d'après le classement du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en 2006. Ce sont donc les personnes travaillant à sa production dans l'industrie (exposées à inhalation importante) qui sont les plus fragiles et doivent respecter des consignes spécifiques pour un travail sans risque.

Du côté des consommateurs de produits "finis", comme les aliments dans lesquels du dioxyde de titane a été ajouté, les dangers connus et identifiés (cancers possibles) résident dans l'inhalation ou l'ingestion de ce composé, mais aussi dans la répétition d'absorption (et la quantité à long terme ainsi ingérée). C'est donc le secteur alimentaire qui est principalement concerné, raison pour laquelle la France a annoncé l'interdiction du dioxyde de titane comme additif alimentaire à partir de 2020. En cosmétique, comme le confirme Cancer Environnement, seules "les poussières de dioxyde de titane sont source d'irritations oculaires et d’irritations mécaniques des voies respiratoires", du moins pour les particules de taille micrométrique...

Nano ou micro, la taille fait le danger

Ces vingt dernières années, les nombreuses propriétés du dioxyde titane ont conduit les industriels à l'utiliser dans des formes et des tailles de plus en plus variées. De la taille micrométrique (particule 1000 fois plus petite qu'un millimètre), ils sont ainsi passés à la taille nanométrique (1 million de fois plus petite qu'un millimètre). Plébiscités pour leur potentiel infini, les "nanos" ainsi créés par l'homme (dits alors "manufacturés") séduisent tous les corps de l'industrie. Or à cette échelle, les effets du dioxyde de titane sont encore mal connus, que ce soit pour son impact sanitaire ou écologique.

Si à l'échelle microscopique le dioxyde de titane n'a pas de quoi inquiéter les utilisateurs de cosmétiques, c'est très différent depuis que l'on sait que des particules de taille nano peuvent s'y trouver. Ce risque a été dénoncé notamment en mars 2019 par l'association Agir pour l'Environnement dans un Rapport d'enquête examinant 408 dentifrices. Ce rapport montre la présence de nanoparticules de dioxyde de titane dans les 2/3 d'entre eux, la plupart non étiquetés pour le préciser. Or un dentifrice peut être ingéré, en particulier par les enfants, d'autant plus utilisé plusieurs fois par jour. Le risque sanitaire est donc ici bien réel.

L'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a de son côté formulé en 2011 des recommandations en lien avec le dioxyde de titane en taille nano pour la cosmétique :

  • ne pas utiliser sur peau lésée (coup de soleil ou autres lésions),
  • ne pas utiliser des produits qui en contiennent sous forme de "sprays" aérosol ou en poudre sur le visage, d'autant plus dans un local fermé.

Du côté environnemental, les nanoparticules de dioxyde de titane sont mises en cause par différentes études compilées par l'association Avicenn sur Veillenanos.fr. Elles pointent leur toxicité dans le monde aquatique après usage de produits solaires notamment, et en particulier sur le phytoplancton, à l'origine de toute la chaîne alimentaire marine.

Que dit la réglementation cosmétique sur le dioxyde de titane en taille nano ?

Depuis juillet 2013, le Règlement Cosmétique Européen 1223/2009 a rendu l'étiquetage des nanomatériaux obligatoire sur les produits cosmétiques. Sur les étiquettes concernées, on doit donc lire cette inscription "Titanium dioxyde [nano]".

Toutefois, le secteur cosmétique dans sa majorité ne se conforme pas à cette obligation, pour diverses raisons résumées par l'association Avicenn sur son site. La principale raison est le flou qui entoure cette obligation et la définition même des nanomatériaux au niveau européen. La Commission Européenne ne les définit en effet pas tout à fait de la même façon que le Règlement Cosmétique Européen, notamment concernant un seuil minimal pour parler de nanoparticules. La question en jeu est : "si le dioxyde de titane utilisé dans mon cosmétique comporte moins de 50% de particules de taille nano, dois-je l'étiqueter [nano] ?" D'après le Règlement Cosmétique, oui, mais d'après la définition de la Commission Européenne, pas forcément. Du coup les industriels n'étiquettent que rarement avec le terme [nano]...

Du côté des organismes de contrôle en France, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) effectue depuis 2016 des contrôles pour vérifier la cohérence des étiquetages avec la réalité. Elle teste les produits pour vérifier la présence de nanoparticules, sans tenir compte de seuil particulier. Une première en Europe puisqu'ailleurs, aucun contrôle de ce type n'est mené au niveau national ou international. Pourtant, en novembre 2019 face aux pros du secteur au Congrès Parfums et Cosmétiques, la DGGCRF n'a pas confirmé clairement sa position ni celle attendue des professionnels.

Le flou est donc important, du coup difficile de savoir à quoi s'en tenir vraiment en lisant les étiquettes des cosmétiques. Si je lis "titanium dioxyde" parmi les ingrédients d'une étiquette, y a-t-il des nanoparticules manufacturées dedans ? Si oui quelle quantité ?

La position de la Slow Cosmétique

En l'état actuel des connaissances et des réglementations, l'Association Slow Cosmétique recommande comme toujours la prudence. Le dioxyde de titane est donc toléré en Slow Cosmétique à condition toutefois qu'il soit présent dans une formule en taille non nano, et indispensable à la formule.

Il faut comprendre par là qu'il sera sanctionné en tant que simple colorant dans un savon par exemple, mais favorisé dans les soins solaires ou le maquillage, où il est largement préférable aux alternatives synthétiques. Les marques labellisées Slow Cosmétique sont donc suivies de près en continu sur ces aspects.

Bien entendu, l'Association Slow Cosmétique surveille avec attention les évolutions réglementaires et les études scientifiques afin d'adapter sa position en fonction. La sécurité du consommateur et celle de l'environnement priment en effet sur toute considération commerciale.

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