Micas dans les cosmétiques, on en pense quoi ?

Les micas sont souvent présents dans nos cosmétiques, y compris naturels. Quelles problématiques autour de ces ingrédients ? La Slow Cosmétique fait le point.  

Entre 2015 et 2020, plusieurs ONG et médias ont alerté l'opinion sur la polémique entourant l'extraction des micas, utilisés dans diverses industrie, dont la cosmétique. Que sont les micas ? À quoi servent-ils ? Quels sont les points de vigilance avec cet ingrédient ? Explications de l'Association Slow Cosmétique.

Le mica, c’est quoi exactement ?

Le mica est un minéral formé de silicates, c’est-à-dire de silice couplée à un oxyde, cet oxyde étant généralement d’aluminium ou de potassium. C’est sa structure feuilletée et friable qui lui donne ses reflets métallisés caractéristiques. Il existe de nombreuses variétés de micas naturels mais c’est la “muscovite” qui est la plus commune.

Largement utilisé dans un grand nombre d’industries (électronique, peinture, construction…), le mica est aussi un ingrédient bien connu de nos cosmétiques puisque 18% de la production mondiale de mica serait destinée à cette dernière (source : Association Terre des Hommes, 2018).

Alors, à quoi sert-il en cosmétique ? Où le retrouve-t-on ?

Obtenu par extraction de minerais bruts, le mica est ensuite broyé, puis tamisé, afin de ne conserver qu'une poudre fine. C’est sous cette forme qu’on le retrouve dans nos formules cosmétiques.

Le mica peut être utilisé en tant qu’agent opacifiant dans des produits tels que les crèmes ou les savons. Ou plus généralement comme colorant, lorsqu’il est mélangé à des pigments minéraux de type oxydes, notamment dans les produits destinés au maquillage (fards à paupière, rouge à lèvres…). Le mica permet d’obtenir différents finis qui sont très appréciés en cosmétique : aspect nacré ou satiné, reflets brillants… On comprend mieux pourquoi ce minéral est si recherché.

Dans nos cosmétiques, on retrouve les micas sous différentes appellations :

  • S’il est naturel, on le retrouve tout simplement sous le terme “Mica” ou “CI 77019”.
  • S’il est mélangé à d’autres pigments, l’ensemble des ingrédients sont alors détaillés. Par exemple si on lit  “CI 77019, CI 77491, CI 77492”, cela signifie qu’on se trouve en présence d’un mica mélangé avec de l’oxyde de fer rouge et jaune.

Pourquoi est-il remis en cause ?

Les micas sont critiqués en raison de leur mode d’extraction. En effet, l’éthique approximative de certaines sociétés extractrices interroge, en particulier dans des territoires précis. Madagascar ou la région du Jharkhand en Inde (plus grande productrice mondiale de ce minerais) ont ainsi été pointés du doigt plusieurs fois en raison du travail d’enfants observé (voir le rapport de l’association Terre des Hommes en 2016). Selon cette dernière, près de 90% du mica extrait dans cette région proviendraient de mines illégales, au sein desquelles des milliers d’enfants sont soumis à des conditions de travail pénibles et dangereuses pour leur santé.

Se pose alors la question bien réelle de la transparence des entreprises vis-à-vis de leurs choix d’approvisionnement et de la nécessaire exigence de traçabilité de ces sites d’extraction.

Quel impact sur la santé ?

La question de l’impact potentiel des poussières de micas sur la santé est également discutée. Le danger connu et identifié réside dans l’inhalation fréquente et prolongée de poussières minérales, qui provoquerait des déficiences respiratoires. (Source : étude française sur les évaluations des risques sanitaires des études d’impact pour les carrières menée en 2004)

Dans nos produits cosmétiques, afin d’éliminer tout risque d’inhalation de particules ultrafines (notamment pour les produits de maquillage), il convient de veiller à ce que les fabricants utilisent des micas de taille non nano dans leurs formules. Pour en savoir plus sur la problématique des nanoparticules, consultez l’article détaillé ici.

Quid du mica synthétique ?

Afin d’éviter toute problématique liée à l’extraction du mica naturel, certaines marques font le choix de se tourner vers des micas synthétiques. Comme beaucoup d'ingrédients créés par l’homme, le mica synthétique permet d’obtenir le rendu "parfait" : ultra brillance, couleurs vives, choix des tailles de particules… les possibilités sont infinies. Mais est-ce vraiment mieux ?

De nombreuses poudres synthétiques scintillantes existent sur le marché et il n’est pas toujours évident d’obtenir des informations précises à leur sujet. Là encore, il est donc nécessaire de se pencher précisément sur l’ingrédient utilisé afin de s’assurer qu’il ne contient pas de particules dommageables pour l’environnement ou la santé (plastiques, éléments non biodégradables, nanoparticules…). Plutôt que de contourner le problème, la réponse la plus appropriée ne serait-elle pas de s’assurer que le mica qu’on approvisionne soit naturel, responsable et certifié par des organismes reconnus ?

La position de la Slow Cosmétique

L'Association Slow Cosmétique reconnaît la potentielle toxicité du mica via une exposition répétée et importante à ces poussières, problématique qui concerne bel et bien les travailleurs de l'industrie extractante. Il n'y a toutefois pas de risque sanitaire connu avec un usage strictement cosmétique car le consommateur final n’est ni amené à respirer le mica ni a y être exposé de manière répétée. Toute polémique concernant la santé des utilisateurs de cosmétiques avec des micas semble donc exagérée dans ce cas précis. 

En raison des problématiques liées à son extraction, la Slow Cosmétique invite toutefois à la prudence. Elle tolère ainsi la présence de micas s'ils sont justifiés dans une catégorie de produits spécifiques (maquillage notamment ou soins nécessitant un rendu satiné ou brillant) et s'ils sont bien de taille non nano. Leur présence sera sanctionnée en revanche dans une formule en tant que simple opacifiant ou colorant (dans une crème ou un savon par exemple).

Les marques labellisées Slow Cosmétique adoptent une position transparente vis-à-vis de leurs formules et d'autant plus vis-à-vis des micas. En effet, l’Association Slow Cosmétique suit de près l’aspect éthique lié à la présence de cet ingrédient et incite ses marques labellisées à en faire autant. Elle veille à contrôler la traçabilité des micas utilisés par les marques labellisées en sollicitant de leur part un engagement réel. Elle exige que les marques fournissent des informations précises et certifiées confirmant la provenance exacte de leur mica ainsi que l’aspect éthique de son extraction. En outre, elle demande aux marques d’avoir recours à des entreprises de préférence européennes ou a minima disposant de certifications reconnues à l’international, qui permettent de tracer de façon sûre la provenance de leur mica.

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L'équipe de la Slow Cosmétique
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