Microplastiques dans les cosmétiques, pourquoi les éviter ?

Saviez-vous que près de 80% des cosmétiques contiennent des matières plastiques dans leurs formules ? L’Association Slow Cosmétique vous explique pourquoi il faut bannir les (micro)plastiques polluants de vos produits de soin.

Qui dit plastique en cosmétique, dit d’abord emballages, brosses à dents, accessoires beauté… Mais les plastiques s’immiscent aussi de manière beaucoup plus discrète au sein même des formules en cosmétique conventionnelle. Silicones, polymères, nylons et autres dérivés "plastiques" peuvent en effet se retrouver dans les produits cosmétiques sous forme solide ou liquide, et surtout, sous forme de micro- voire de nanoparticules. Tour d’horizon de cette problématique encore peu connue qui concerne pourtant la majorité des cosmétiques conventionnels, soit environ 80% du marché européen.

Qu’est-ce qu’un microplastique et à quoi sert-il en cosmétique ?

Ce qu’on appelle couramment “microplastique” est en réalité une particule de plastique (ou mélange de polymères), solide dont la taille est inférieure à 5 millimètres. Ces particules sont le résultat de la dégradation d’objets en plastique (bouteilles, sachets…), de fibres synthétiques contenues dans les vêtements ou encore des produits cosmétiques (billes exfoliantes, etc).

Dans l’industrie de l’hygiène-beauté, des matières plastiques sont en effet ajoutées volontairement dans les formules par les industriels. Pourquoi ? Outre l’avantage économique (matières très bon marché qui “remplissent” un flacon à bas coût), les dérivés de plastiques servent aussi à créer des formules d’une plus grande sensorialité.

Aux microplastiques s'ajoutent les "matières plastiques", liquides le plus souvent. Prenons l’exemple des silicones. Ils sont très fréquemment utilisés tant dans les produits de soin visage ou d’hygiène, que dans les capillaires ou le maquillage. Dans une crème, l’ajout de ce type d’ingrédients apporte de la texture au produit et de nombreux bénéfices sensoriels : toucher velouté, effet non gras, facilité d’étalement. Sur la peau, sensation de douceur, effet lissant et “peau de pêche” sont de mise. Une aubaine pour les marques de cosmétique conventionnelle qui profitent de ces ingrédients synthétiques inertes et peu chers. Autre atout : leur efficacité, dans le sens où ils couvriront la peau ou les cheveux d’une couche de plastique, et freineront donc la déshydratation par exemple.

Or, l’utilisation de ces microplastiques dans des millions de produits utilisés chaque jour, et rincés pour la plupart vers les égouts, n’est pas sans conséquence. Nous y reviendrons plus bas. Pour l’instant, voyons derrière quels noms se cachent les plastiques en cosmétique.

Comment repérer les polymères et les microplastiques dans une liste INCI ?

Comme les matières "plastiques" en cosmétique peuvent exister sous différentes formes, il n’est pas toujours facile de les identifier au sein des listes d’ingrédients, les fameuses listes INCI. Les "plastiques" liquides notamment, sont les plus insidieux.

Heureusement, il est possible de faire un premier tri en repérant quelques mots clés. La présence des ingrédients cités ci-après annonce presque à coup sûr la présence de matières plastiques :

  • Les polymères : -polymer, acrylates copolymer, alkyl alkylate crosspolymer…
  • Les poly-ethylenes ou -propylenes : polyethylene glycol, polypropylene…
  • Les PEG, PPG
  • Les silicones, que l’on repère par les suffixes -icone, -oxane : dimethicone, cyclopentasiloxane…
  • Les terminaisons -vinyl ou -cellulose
  • Le PET désigne presque à coup sûr des microbilles de plastique

Quelle réglementation contre les microplastiques ?

Subissant de plein fouet la pression des lobbys industriels, le combat contre la présence de microplastiques avance à petits pas dans le secteur de la cosmétique.

En France, la Loi pour la Biodiversité a ainsi interdit depuis janvier 2018, les microbilles de plastique au sein des cosmétiques rincés à fonction de nettoyage ou d’exfoliation. On ne visait ici que les microplastiques “visibles”, solides, donc tous les autres polymères cosmétiques restent malheureusement autorisés en France comme ailleurs dans le monde.

À ce jour, il n’existe pas non plus d’harmonisation au niveau européen. C’est actuellement le combat de l’ECHA (European Chemical Agency), qui souhaite étendre les restrictions sur les microplastiques à l’ensemble de l’Europe, mais aussi à un panel plus large de produits. Ainsi, en janvier 2019, l’ECHA a déposé une proposition de restriction entrant dans le cadre du règlement européen Reach. Ce projet de restriction a pour objectif d’interdire la mise sur le marché des produits contenant des microplastiques ajoutés de façon intentionnelle par les industriels, si ceux-ci présentent un risque de rejet dans l’environnement. En juin 2020, le RAC (comité d’évaluation des risques) et le SEAC (comité d’analyse socio-économique) ont adopté l’opinion de l’ECHA tout en émettant des recommandations encore plus strictes. Dans son avis, le SEAC estime que cette nouvelle restriction pourra empêcher le rejet de 500 000 tonnes de microplastiques sur 20 ans. Prochaine étape : la consultation de ce projet par la Commission européenne, pour une adoption espérée de ces restrictions et une modification du règlement Reach d’ici à 2022...

Quelles conséquences des microplastiques sur l’environnement ?

L’accroissement constant de l’utilisation des plastiques solides et même liquides dans diverses industries (et la dégradation qui en découle) est un sujet de plus en plus inquiétant pour notre planète. De fait, l’un des gros problèmes de ces particules, c’est qu’elles ne sont pas biodégradables. Selon l’ECHA, 145 000 tonnes de microplastiques seraient utilisées chaque année dans l’UE/EEE. On les retrouve donc partout dans l’environnement, et dans des proportions de plus en plus importantes.

Cours d’eau et océans pollués

Plusieurs organisations tirent la sonnette d’alarme face à l’ampleur de cette pollution préoccupante pour l’environnement et la biodiversité. Les océans sont désormais les lieux les plus touchés par ce problème, comme le mentionne cet article de février 2021 du magazine Reporterre. Et les chiffres sont édifiants. Selon François Galgani, océanographe et écotoxicologue à l’Ifremer, “400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, et environ 10 millions d’entre elles aboutissent dans les océans". Or selon le magazine L’Info Durable, plus de 13% des résidus plastiques seraient identifiés comme micro ou nano plastiques, et on estime qu’environ 3% d’entre eux ont une origine cosmétique (sans compter les polymères et plastiques liquides !).

Faune blessée ou altérée

Outre les conséquences visibles de cette pollution, la faune évoluant au sein du milieu marin est également touchée de plein fouet. Poissons, cétacés ou encore reptiles tels que les tortues marines, toutes les espèces marines sont concernées. Selon une étude de mars 2020 menée par l’université de Floride, les tortues confondent souvent les morceaux de plastiques flottants avec de la nourriture. Pourquoi ? Car ils en ont la forme et l’odeur une fois recouverts d'organismes marins. Et de manière encore plus insidieuse, les micro ou nano plastiques peuvent être ingérés par tous les animaux marins et s'accumuler dans leur organisme, ce qui peut à terme provoquer une toxicité chimique et leur mort. Sans oublier l'extrémité de la chaîne alimentaire (l’homme) qui consomme ces produits de la mer pollués de façon invisible. En toute logique, quel impact auront ces microplastiques sur la santé humaine ?

Quels risques pour la santé humaine avec les microplastiques ?

Pour un individu qui applique un shampoing ou un soin contenant des microplastiques ou des polymères, il n’y a pas de risque à court terme. En effet, les matières plastiques que l’on trouve dans les formules cosmétiques sont pour la plupart des ingrédients inertes que la peau et l’organisme humain tolèrent plutôt bien.

À plus long terme néanmoins, certains effets délétères peuvent être observés. La formation d’une couche occlusive sur la peau et les cheveux (causée par les silicones ou les polymères de synthèse par exemple) entraîne parfois dermatites ou pertes de vitalité des cheveux. Un certain nombre de polymères sont également soupçonnés d’être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, or ils sont appliqués en soin quotidien et pour certains, rincés vers les égouts, avec un impact alors à long terme sur la santé humaine.

Des microplastiques dans le corps humain ?

La pollution environnementale a des conséquences directes sur l’exposition de l’humain aux particules plastiques. Eh oui… Du fait de sa consommation de produits marins pollués, l’impact pour l’homme est réel via son alimentation. En ce sens, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) mène des recherches visant à évaluer la présence de particules plastiques dans certains aliments et les risques potentiels pour la santé.

En 2019 déjà, un rapport de l’ONG Ciel (Center for international environmental law) mettait en évidence une étude indiquant que des microplastiques avaient été trouvés dans les selles de sujets habitant dans des régions du monde variées et aux régimes alimentaires totalement différents. Encore plus récemment, fin 2020, une étude italienne menée sur des placentas de femmes enceintes (relayée par le Huffington Post) a montré que sur 6 placentas analysés, 4 contenaient des particules de microplastiques, provenant vraisemblablement des produits manipulés ou consommés par les femmes durant la grossesse.

Enfin, comme l’explique Ika Paul-Pont, chercheuse au CNRS, la pollution aux particules plastiques présente d’autres conséquences. En effet, un certain nombre de micro-organismes vivent sur les microplastiques. Ceux-ci, par la force des courants, peuvent donc se déplacer sur de très grandes distances et pendant de longues années. Or, parmi ces micro-organismes, certains ont développé des résistances aux antibiotiques. Et par le biais de la chaîne alimentaire à nouveau, c’est la santé humaine qui s’en trouvera impactée. 

La position de l’Association Slow Cosmétique

L’Association Slow Cosmétique dénonce depuis 2012 l’omniprésence des matières plastiques en cosmétique conventionnelle.

Pour les emballages ou accessoires, la Charte Slow Cosmétique tolère la présence de plastiques, à condition que ceux-ci soient recyclés ou recyclables. Il s’agit en effet parfois de l’option la plus écologique, dans le sens où elle permet un approvisionnement local et donc une empreinte carbone réduite. Les marques labellisées Slow Cosmétique sont dans tous les cas invitées à privilégier les alternatives les plus durables possibles pour elles et à maximiser leur démarche zéro déchet.

Mais dans les formules des cosmétiques eux-mêmes, l’Association Slow Cosmétique ne tolère pas la présence de dérivés plastiques. Microplastiques, mais aussi polymères, silicones dérivés de pétrochimie et autres PEG sont ainsi totalement proscrits par le Mouvement. En vous fiant au Label Slow Cosmétique et à son réseau d’artisans engagés, vous faites donc le choix de vous faire plaisir tout en ayant la sécurité d’utiliser des produits exempts de plastiques liquides et de microplastiques.

À propos de l’auteur
L'équipe de la Slow Cosmétique
Les membres de l'Association Slow Cosmétique se liguent pour faire la révolution dans votre salle de bain !