Octocrylène et benzophénone : quel danger dans les produits solaires ?

De nombreux médias ont relayé une étude pointant la dangerosité de l'octocrylène et de la benzophénone en cosmétique. L'Association Slow Cosmétique vous explique de quoi il retourne.

Une étude parue le 7 mars 2021 au sein de la revue scientifique “Chemical Research in Toxicology” pointe du doigt la dégradation de l’octocrylène en benzophénone dans nos produits cosmétiques. Quelles problématiques derrière ces ingrédients ? Peut-on en trouver en cosmétique bio ou Slow ? L’Association Slow Cosmétique vous aide à y voir plus clair.

Que sont l’octocrylène et le benzophénone ?

L’octocrylène est un ingrédient synthétique ayant le rôle principal de filtre UV chimique. On le retrouve très souvent dans nos produits de protection solaire, mais aussi (et c’est encore plus problématique), dans certaines crèmes hydratantes par exemple.

Son rôle ? filtrer les rayonnements UV, et donc protéger la peau lors de l’exposition solaire, responsable de dégradations telles que brûlures, vieillissement cutané… Mais aussi, tout simplement, absorber les UV et donc protéger un produit d’une éventuelle dégradation (changement d’aspect du produit). 

Autant dire que cet ingrédient est très souvent présent dans les cosmétiques conventionnels. Or, en plus d’être pointé du doigt pour son impact environnemental, il est aussi fortement suspecté d’être un perturbateur endocrinien. La simple présence de cet ingrédient en cosmétique est donc déjà problématique et dénoncée depuis 2013 par l’Association Slow Cosmétique, qui l’a banni de sa Charte.

La benzophénone elle, peut également avoir plusieurs rôles : filtre UV, mais aussi agent conservateur, stabilisant ou masqueur d’odeurs... Là aussi, il s’agit d’un ingrédient synthétique, que l’on retrouve dans bon nombre de produits cosmétiques conventionnels : solaires, hydratants, parfums…

Cet ingrédient est cité dans la liste des potentiels perturbateurs endocriniens, comme l’indique l’Endocrine Disruptor List (liste créée suite à la concertation des agences de sécurité de 5 pays européens, dont l’ANSES en France.) Il pose donc un souci réel de santé publique. Néanmoins, on le retrouve malheureusement encore dans de nombreux produits cosmétiques conventionnels. Ce n'est évidemment pas le cas en cosmétique certifiée bio ou labellisée Slow Cosmétique.

Octocrylène et benzophénone

Quelle problématique dans les produits contenant des filtres UV ?

L’étude citée en introduction a été réalisée par des chercheurs du Laboratoire de biodiversité et de biotechnologies microbiennes de l'Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Sorbonne Université / CNRS), en collaboration avec l’Haereticus Environmental Laboratory américain.

Les chercheurs ont travaillé sur une quinzaine de produits cosmétiques contenant des filtres UV et avaient plusieurs objectifs : 

  • évaluer la présence de benzophénone dans ces produits,
  • savoir si la concentration en benzophénone se modifiait au fil du temps,
  • connaître l’impact de la dégradation de l’octocrylène.

Et les résultats sont inquiétants : avec le temps, l’octocrylène se dégraderait en benzophénone au sein même du produit cosmétique. Cela se produit du fait d’une réaction chimique, et ce, que le cosmétique soit ouvert ou non. Pire encore, cette dégradation serait proportionnelle au vieillissement du produit, quel que soit le type de produit étudié.

Cela signifie qu’on retrouve finalement 2 composés problématiques au sein du même produit : l’octocrylène et la benzophénone. Pourtant seul le premier ingrédient figure sur la liste INCI du produit. Et le problème, c’est que ces deux substances présentent un fort taux d’absorption par la peau (jusqu’à 70%), selon des études menées par Howard Maibach, dermatologue américain réputé, dans les années 1990.

De plus, dans ces conditions, difficile de savoir jusqu’à quel taux la concentration en benzophénone grimpe dans ces produits. Selon Philippe Lebaron, co-auteur de l’étude  “Chemical Research in Toxicology”, des taux élevés de benzophénone ont été constatés avec des augmentations de plus de 100%, allant même jusqu’à 200% par rapport au taux de départ.

Alors, pour éviter tout risque pour la santé et l’environnement, pourquoi ne pas tout simplement proscrire la présence de ces ingrédients au sein de nos produits cosmétiques ?

Octocrylène et benzophénone

La position de l’Association Slow Cosmétique

Depuis 2013, l’Association Slow Cosmétique alerte sur la présence de ces substances dans les produits cosmétiques. Qu’ils soient présents en tant que conservateurs, stabilisants ou filtres solaires, l’octocrylène et la benzophénone ne sont pas acceptés par la Charte Slow Cosmétique.

Par ailleurs, l’Association considère les filtres UV comme des ingrédients superflus dans tous les produits qui ne sont pas destinés à une exposition solaire à proprement parler (sérums anti-âge, parfums…).

Pour les produits de protection solaire, bien entendu, on ne peut et on ne doit pas s’en passer. Dans ce cas, il existe de très bons filtres UV physiques, comme le dioxyde de titane ou l’oxyde de zinc (du moment qu'ils ne contiennent pas de nanoparticules). Ces ingrédients peuvent refléter les rayons UV en créant une barrière protectrice sur la peau. Ils ne pénètrent donc pas l’épiderme et sont tout aussi efficaces que les filtres chimiques. Que demander de plus ?

L’Association demande la plus grande transparence à ses marques labellisées et exige en ce sens des informations précises et certifiées pour justifier l’utilisation de ces ingrédients. Pour être acceptés par la Charte Slow Cosmétique, les filtres physiques doivent en effet avoir une taille non nano et être utilisés dans des produits qui le justifient.

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