Quels tensioactifs en Slow Cosmétique ?

Qui dit produit lavant, dit bien souvent tensioactifs ! Quelles problématiques avec ces ingrédients ? Lesquels privilégier ? Explications.

On retrouve des tensioactifs dans nombre de produits cosmétiques, sous des dénominations qu’on a parfois bien du mal à identifier et différencier. Comment reconnaître les tensioactifs dans une liste INCI ? Quels enjeux écologiques et sanitaires derrière ? Quels sont ceux à éviter ou à privilégier ? L’Association Slow Cosmétique fait le point.

Qu’est-ce qu’un tensioactif ?

Un tensioactif est "un ingrédient qui réduit la tension de surface et favorise une répartition uniforme du produit lors de son utilisation" (Cosmeticobs). En d’autres termes, grâce à leur composition particulière, formée d’une tête hydrophile (affinité pour l’eau) et d’une queue lipophile (affinité pour les corps gras), les molécules tensioactives permettent de mêler deux phases qui seules, ne le peuvent pas (l’eau et l’huile par exemple). Cette particularité leur permet ainsi d’assurer une fonction de nettoyage en s’accrochant aux corps gras, ceux-ci étant ensuite emportés dans l’eau de rinçage. Ils jouent donc à la fois le rôle d’émulsifiant et d’agent lavant.

Dans quels produits les retrouve-t-on ?

C’est cette diversité qui rend les tensioactifs si appréciés des fabricants de cosmétiques. Ceux-ci les utilisent donc dans toutes sortes de produits : savons, gels douches, shampooings, crèmes…

Que les cosmétiques soient de type conventionnel ou naturel, on retrouve les tensioactifs un peu partout. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe plusieurs types de tensioactifs et que les fabricants de cosmétique naturelle sont souvent beaucoup plus attentifs à leur impact potentiel au sein de leurs formules.

Enfin, certains produits, notamment les shampoings, peuvent difficilement faire l’impasse sur cet ingrédient, puisqu’il constitue l’action principale de la formule : le nettoyage.

Mieux vaut donc bien connaître les différents types de tensioactifs afin de décrypter efficacement les cosmétiques.

tensioactifs

Comment reconnaître les tensioactifs dans les listes d’ingrédients ?

Comme évoqué plus haut, il existe différents types de tensioactifs. Ceux-ci sont définis en fonction de la charge positive ou négative de leur partie hydrophile (attirée par l’eau). Ils sont répartis en 4 groupes aux noms un peu barbares : anioniques, cationiques, non anioniques et amphotères.

1. Tensioactifs anioniques

Ce sont les plus courants, mais aussi ceux réputés parmi les plus irritants, du fait de la triste popularité des fameux sulfates. Ces derniers ont en effet de très bonnes propriétés moussantes, mais ils sont aussi très détergents. Ils font partie de cette catégorie que l’on recommande d’éviter à tout prix, comme en témoigne la classification des molécules toxiques du magazine Que Choisir.

Ils sont faciles à identifier car on retrouve systématiquement le terme "sulfate"  dans leur appellation : Ammonium laureth sulfate, Ammonium lauryl sulfate, sodium lauryl ou laureth sulfate… ce sont les fameux ALS et SLS.

Le Sodium coco sulfate (SCS), bien que dérivé de l’huile de coco et utilisé dans un certain nombre de produits naturels et bios, est réputé un peu moins irritant que ses confrères sulfatés. Il est toutefois à éviter également.

Par ailleurs, d’autres tensioactifs anioniques existent. Ils sont non sulfatés et donc plus doux pour la peau. Il s’agit du SLMI (sodium lauroyl methyl isethionate) et du SCI (sodium cocoyl isethionate), qui sont tous deux des tensioactifs dérivés de la coco et très souvent utilisés dans les cosmétiques naturels et bios pour leurs propriétés lavantes. Nous y reviendrons plus en détail plus bas.

On en pense quoi en Slow Cosmétique ? 

Dans tous les cas, les tensioactifs sulfatés sont à éviter en Slow Cosmétique. Néanmoins, dans la famille des composés sulfatés, plusieurs cas de figure sont à prendre en compte.

Bien entendu, l'Association Slow Cosmétique ne tolère pas la présence de composés sulfatés de type ammonium ou sodium laureth sulfates dans les formules de ses marques labellisées. Ces composés éthoxylés sont polluants et irritants pour la peau.

Les tensioactifs sulfatés de type sodium ou ammonium lauryl sulfate, acceptés par les certifications bio (Ecocert, Natrue…) sont de ce fait également tolérés par le Label. Il faut néanmoins qu’ils soient présents de façon isolée ou exceptionnelle dans une gamme de produits. La logique est la même pour le sodium coco sulfate. 

Pour les tensioactifs SCI et SLMI, voyez plus bas 😉

2. Tensioactifs cationiques

Ces tensioactifs, en plus d’être irritants, sont également nocifs pour l’environnement. On les retrouve souvent dans les produits de gainage pour cheveux ou les déodorants industriels. Les ammoniums quaternaires en font partie. On les identifie avec des noms comme Quaternium, Polyquaternium, suivis d’un chiffre. Ex : Polyquaternium-80. Ils sont à éviter absolument.

On en pense quoi en Slow Cosmétique ? 

Les tensioactifs de ce type ne sont pas acceptés en Slow Cosmétique. Très polluants, ils n’apportent en plus aucun bienfait particulier pour la peau. On les évite donc à tout prix.

tensioactifs

3. Tensioactifs non ioniques 

Souvent retrouvés dans les formules en tant qu’agents épaississants ou émulsifiants, ils possèdent un faible pouvoir moussant. Ces tensioactifs peuvent être séparés en 2 familles :

  • Les tensioactifs transformés, comme les composés éthoxylés et ses fameux alkylphénols (ex : octylphénol, dodécylphénol…), soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens depuis de nombreuses années.
  • Les tensioactifs d’origine naturelle, qui se présentent eux aussi en 2 types :
    - Les "glucosides" qui sont des esters de sucre (obtenus à partir d’alcools gras et de dérivés de sucre). On les retrouve notamment sous des noms comme "coco-glucoside" ou encore "decyl-glucoside". Très doux, ils moussent néanmoins peu et sont donc de fait moins appréciés des industriels.
    - Les "glutamates", qui sont des bases d’acides aminés et que l’on peut retrouver sous les noms "disodium cocoyl glutamate", "sodium lauroyl glutamate"… Ces derniers sont très doux mais aussi beaucoup plus chers. On les retrouve donc malheureusement assez peu dans les formules.

On en pense quoi en Slow Cosmétique ? 

Les tensioactifs transformés ne sont pas acceptés en Slow Cosmétique du fait de leur risque potentiel pour la santé.

En revanche, les tensioactifs non ioniques d'origine naturelle font partie des tensioactifs les plus doux en cosmétique. L’Association Slow Cosmétique encourage donc son réseau de marques labellisées à prioriser l’emploi de ces ingrédients dans la formulation de leurs produits lavants.

4. Tensioactifs amphotères 

Ces tensioactifs s’adaptent au pH du milieu dans lequel ils se trouvent. Ils ont un pouvoir moussant intéressant et sont moins irritants que les tensioactifs anioniques, et bien sûr cationiques. Néanmoins,  ces tensioactifs sont en partie synthétiques, c’est pourquoi tous les référentiels bio ne les acceptent pas. On les retrouve sous les noms "cocamidopropylbétaïne", "coco-betaine" ou encore "babassuamidopropyl betaïne" par exemple.

On en pense quoi en Slow Cosmétique ? 

Relativement doux en comparaison à la plupart des tensioactifs, les composés amphotères sont eux-aussi tolérés par le Label Slow Cosmétique. Il faut également noter que les tensioactifs amphotères adoucissent ceux de type anioniques tels que le SCS ou le SCI, ce qui les rend d’autant plus intéressants.

L'info en + : pour ceux qui souhaitent éviter l’usage de tensioactifs, certaines marques proposent des produits de type “savon-shampoing”, qui n’en contiennent pas. L’Association Slow Cosmétique recommande à ce titre de rester vigilants par rapport au pH de ce type de produits qui est souvent basique. Dans ce cas, un rinçage “acide” à l'aide de jus de citron ou de vinaigre dilué sera idéal pour rééquilibrer cuir chevelu et fibre capillaire.

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SCI, SLMI… Amis ou ennemis ?

Regardons d’un peu plus près ces deux tensioactifs, que l’on sait désormais anioniques. Tous deux dérivés de la coco, le SCI et le SLMI sont non sulfatés. Ce sont les tensioactifs que l’on retrouve le plus souvent dans les shampoings solides. Pourquoi ? car ils sont plus doux pour le cuir chevelu que les tensioactifs sulfatés et qu’ils moussent convenablement. Ils sont donc des alliés de taille pour ce type de formule. De plus, ils sont réputés biodégradables.

Le SLMI est apparu quelques temps après le SCI et est réputé encore plus doux et d’une biodégradabilité plus importante que le SCI. En réalité, difficile de différencier réellement ces deux tensioactifs car aucune donnée scientifique plausible n’est pour le moment disponible. Issus du même végétal, ils sont aussi a priori le résultat d’une transformation chimique d’éthoxylation. Résultat : au terme de cette transformation, on se retrouve face à des produits très similaires, que ce soit en termes d’effets sur la peau, qu’en termes de biodégradabilité et d’impact sur l’environnement.

Quel impact pour l’environnement ?

Du fait de leur processus de fabrication complexe, qui fait appel à de l’oxyde d’éthylène, ces tensioactifs sont parfois pointés du doigt pour leur caractère peu écologique. C’est ce composé qui est au cœur de la plupart des polémiques, ses "vapeurs" étant réputées toxiques.

Néanmoins, il faut noter que pour fabriquer le SCI et le SLMI, l’oxyde d’éthylène subit une transformation complète. À l’état final, ces tensioactifs ne présentent donc a priori pas de caractère problématique pour l’environnement, comme le confirme ici l’ONG américaine EWG, dédiée à la protection de l’environnement et de la santé.

À noter que l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) a inscrit le Sodium Cocoyl Isethionate sous la classification H412, c'est-à-dire potentiellement toxique pour la vie aquatique avec des effets à long terme. Néanmoins il faut bien avoir en tête, comme indiqué sur le site de l’ECHA, que cette classification est issue d’une harmonisation informatique, établie sur base des documents remis par les fabricants eux-mêmes. Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une évaluation de l’ingrédient. En se basant sur cette classification, la plupart des huiles essentielles sont ainsi répertoriées H412, comme on peut le voir ici dans le cas de l’huile essentielle de lavande.

Rappelons à ce titre que c’est bien la tolérance et l’impact du produit fini qui importent, non celle des ingrédients évaluée de manière isolée. Il reste que peu d'études sont disponibles sur l'écotoxicité des SCI pour l'instant mais l'usage grandissant de ces ingrédients poussera nécessairement la recherche dans cette direction à l'avenir.

La position de la Slow Cosmétique

L’Association Slow Cosmétique tolère la présence de SCI et de SLMI en tant que tensioactifs dans les shampoings solides de ses marques labellisées.

Bien que transformés, ces tensioactifs permettent en effet de formuler des produits lavants plus doux pour le cuir chevelu et la fibre capillaire, en plus d’être naturels et composés d’un maximum d’ingrédients bruts et actifs. À défaut d'une meilleure alternative, ces ingrédients sont donc tolérés.

De plus, en proposant des produits solides et zéro déchet, ces marques contribuent à l’effort environnemental, en bannissant les emballages superflus. L’utilisation de ces tensioactifs permet donc de proposer une alternative intelligente et positive pour encourager les consommateurs à consommer mieux, et de façon plus sensée.

Acceptée dans les shampoings, leur présence sera en revanche sanctionnée dans les produits nettoyants visage et corps par exemple.

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L'équipe de la Slow Cosmétique
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